Le souvenir de Biennais en 1883 — Le Figaro, 1883

Extrait de l’article Un orfèvre Biennais, par G. Souvenance (Le Figaro, 1883)

« […]  Un autre orfèvre faisait alors concurrence à Odiot. C’était M. Biennais, tabletier, à l’enseigne du Singe violet, rue Saint-Honoré, dans la maison où est établie la fabrique de chocolat Devinck et où Joubert-le philosophe Joubert - tenait salon où se réunissait Chateaubriand, Chénedollé, Fontanes, Guéneau de Mussy, Mme de Vintimille, M. Mollé - Ce Biennais avait établi sa fortune d’une manière originale. Au moment de la campagne d’Égypte, il avait fait crédit d’un nécessaire de voyage à beaucoup d’officiers. Au retour, les survivants lui devinrent une clientèle. Il vendait non seulement de la tabletterie, mais des bijoux, de la joaillerie. Il fabriquait aussi les décorations, croix et crachats. On en ramassait beaucoup alors, sur les champs de bataille, parmi les tibias cassés et les bras emportés. Biennais avait pris pour titre : Orfèvre de S.M l’Empereur et Roi.

Lorsque les alliés entrèrent à Paris, ce n’en fut pas moins chez Biennais que la garde impériale russe ordonna la copie en argent d’un vase étrusque qu’elle offrit, par souscription, à l’empereur de Russie en 1814. Le commerce n’a pas de patrie. Mercure fut le premier des Internationalistes.

Mais, chose curieuse, avec l’invasion des soldats coïncide l’invasion de l’orfèvrerie anglaise. Sous Louis XVIII, on ne fait que du genre anglais. Odiot et Biennais font de l’anglais comme ils ont fait du néo-grec ».

Le Figaro, 17 juin 1883

Crown of the King of Bavaria


Attributed to Biennais’s workshop, Paris, early 19th century

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